Trois questions à Arthur Muller, cofondateur et CPO d'Explain

Arthur Muller
30/4/2026
Articles

Arthur Muller, cofondateur et Chief Product Officer d'Explain, lève le capot de la plateforme et explique comment son équipe a construit un agent IA expert des marchés publics — et pourquoi cette technologie concrétise enfin le potentiel de transformation de la réponse aux appels d'offres.

On entend souvent dire qu'il suffit de brancher ChatGPT ou Claude sur ses documents pour rédiger des mémoires techniques. C'est vrai ?

En partie. Ces modèles sont remarquablement puissants. D'ailleurs, la couche technologique de base d'Explain, c'est Claude, parce que c'est aujourd'hui le modèle le plus performant du marché. Dès qu'une nouvelle version sort, nos utilisateurs en profitent automatiquement.

Mais ce qu'Explain construit au-dessus de cette couche, c'est ce qui change tout : les modèles les plus performants du marché, combinés à une expertise métier de la commande publique. Nos ingénieurs ont construit des dizaines d'agents spécialisés dans les tâches propres à la rédaction de mémoires techniques. Ces agents connaissent les 1 798 articles du Code de la commande publique. Ils savent ce qu'est un CCTP, un cadre de réponse imposé, un DUME. Ils savent comment rédiger pour gagner des points sur une note technique, et comment ne pas en perdre.

Un LLM généraliste, lui, produira quelque chose de plausible. Fluide, même. Mais générique, souvent à côté des attentes réelles d'un acheteur public.

La différence, c'est celle qui existe entre quelqu'un qui sait bien écrire et un expert métier qui rédige. Le premier s'en sort. Le second sait ce qui se joue vraiment.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour une équipe qui répond à des appels d'offres ?

Deux choses, dans cet ordre : la qualité, puis le temps gagné.

Sur la qualité : Explain est conçu pour produire des mémoires à la fois conformes à 100 % au cahier des charges, parce qu'il lit intégralement toutes les pièces du DCE, sans rien oublier, et personnalisés à 100 % à l'entreprise, parce qu'il s'appuie sur vos propres documents : vos mémoires antérieurs, votre plaquette, vos CV, vos références. Ce n'est pas une IA qui génère du texte générique. C'est votre agent, qui rédige comme si c'était votre meilleur collaborateur, celui qui connaît à la fois le marché et votre entreprise sur le bout des doigts.

On a aussi intégré les meilleures pratiques de la réponse aux appels d'offres, les règles de l'art du métier. Il y a des standards de qualité et des garde-fous à chaque étape. L'outil refuse de rédiger s'il n'a pas d'abord conduit une analyse approfondie du DCE. Il détecte si vos documents internes sont trop légers ou inadaptés au marché visé. Il peut repérer une incohérence entre le CCTP et une annexe, un écart de délai, des critères de notation mal pris en compte, et vous en alerter avant la remise de l'offre.

Sur le temps gagné : nos utilisateurs divisent en moyenne leur temps de rédaction par deux ou par trois. Un testeur nous a dit récemment qu'un marché de routine qui lui prenait deux jours, il le boucle maintenant en deux heures, relecture comprise. Et nous-mêmes, chez Explain, on répond à des marchés avec notre propre outil. Sur notre dernière réponse, la personne en charge n'a pas écrit une seule ligne elle-même — elle a relu et amendé certains passages, mais la rédaction était faite.

Explain travaille avec de nombreux grands groupes qui ont leurs propres directions techniques. Pourquoi choisissent-ils un outil externe ?

Parce que ce qu'on a construit n'est pas trivial à reproduire. Derrière Explain, il y a une équipe d'ingénieurs IA qui a passé des mois à benchmarker les modèles disponibles, à construire les bons agents, à évaluer les sorties sur des centaines de mémoires réels, pour comprendre où les LLM déraillent et comment les corriger. Ce travail d'itération, ce n'est pas quelque chose qu'on improvise en quelques semaines.

Ce qui rassure ces grands comptes, c'est aussi notre positionnement : on n'est pas un wrapper sur Claude habillé en produit. On est une infrastructure pensée pour la commande publique, avec une couche technique qui s'approfondit à chaque mise à jour, et une expertise métier construite en quatre ans de travail au contact de répondants, de juristes en droit public, de responsables d'appels d'offres.

Nous sommes dans une année charnière. Ceux qui ne s'équipent pas aujourd'hui ne seront pas en avance demain — ils seront en retard. La question n'est plus de savoir si l'IA va transformer la réponse aux marchés publics. Elle la transforme déjà. La question, c'est avec quel niveau d'expertise et de fiabilité.